Les 3 secrets de fabrication du parfum

Si vous lisez cette phrase, c'est probablement que vous portez un parfum au quotidien sans savoir comment il est fait.

fabrication d'un parfum

Vous savez certainement qu'un parfum est composé de matières premières... Vous savez sans doute que votre parfum contient de l'alcool, vous avez peut être déjà entendu parler des "nez" et peut-être même que le mot “distillation” vous évoque quelque chose (on ne parle pas de votre cocktail du vendredi soir). Vous êtes curieux de découvrir tous les secrets des 3 étapes de fabrication d’un parfum ? Suivez-nous, on vous explique comment naissent les fragrances. Bienvenue dans le monde mystérieux de la parfumerie...

Les secrets des matières premières

Commençons par le début. Pour que votre parfum sente la rose, le muguet ou la fève tonka, il faut avant tout des matières premières. Ces dernières peuvent être naturelles ou synthétiques. Dans les grandes lignes, ça donne à peu près ça :

  • les ingrédients naturels sont directement issus d’une matière végétale (pétales de fleurs, feuilles, fruits, légumes, écorce etc...) ou d’un produit d’origine animale (comme la cire d’abeille par exemple).
  • les ingrédients synthétiques sont, pour simplifier, des molécules odorantes obtenues via une transformation chimique. Ils peuvent être soit créés de toute pièce et obtenus uniquement par réactions chimiques, soit inspirés ou dérivés de la nature.

On s’arrête ici pour les définitions. Si vous voulez devenir incollable sur les différences entre matières premières naturelles et synthétiques, on vous conseille de faire un petit détour par cet article !

Les présentations faites, passons maintenant aux méthodes d’extraction ou d’obtention de ces fameuses matières premières.

Techniques d’extraction des matières premières naturelles

Il existe plusieurs méthodes pour transformer des ingrédients naturels en notes de parfumerie. Ces différentes techniques d’extraction ont en commun d’aboutir au même résultat final : l’obtention de molécules odorantes sans que celles-ci subissent une transformation chimique.

  • L’enfleurage : on commence par la doyenne des techniques d’extraction. Cette méthode mythique, qui remonte à l’Antiquité et qui s’est développée à Grasse, consiste à emprisonner les fleurs dans une couche de graisse animale - pas très vegan cette histoire, on vous l’accorde - à chaud ou à froid. Car le gras, c’est bien connu, a tendance à retenir les odeurs. Pensez par exemple à la plaquette de beurre que vous avez laissée sans protection dans votre frigidaire : après quelques heures, elle aura déjà un goût particulier !

technique de l'enfleurage en parfumerie
    Pour l’enfleurage à froid, les pétales sont disposés sur une plaque enduite de graisse inodore, et remplacés toutes les 24 à 48 heures pour que la graisse absorbe le plus d’odeur possible. Une fois saturée en molécules parfumées, la graisse est chauffée, mélangée à de l’alcool qui va se charger des molécules odorantes puis filtrée pour obtenir ce que l’on appelle une absolue.
    Pour l’enfleurage à chaud, le principe reste le même mais convient davantage à des fleurs plus résistantes. Au lieu de disposer les pétales sur de l’huile solide et froide, les pétales sont plongés à plusieurs reprises dans de l’huile très chaude, pour obtenir une graisse chargée en odeurs. Cette graisse est chauffée de la même manière que pour l’enfleurage à froid, décantée, mélangée à de l'alcool puis filtrée jusqu'à obtention de l'absolue.
    Aujourd’hui, cette technique n’est quasiment plus utilisée en raison notamment de son usage de graisses animales. C’est pourquoi certaines entreprises de la parfumerie ont décidé de réinventer ce procédé pour le rendre plus éthique et plus éco-responsable, par exemple en utilisant de l’huile de jojoba à la place de la graisse animale. Obtenus sans solvant pétrochimique, pour un coût environnemental très faible, les extraits issus de cette technologie jouissent d’une qualité exceptionnelle et sont très fidèles à ce que la nature nous donne à sentir.
    • L’expression : méthode réservée exclusivement aux agrumes, l’expression est - comme son nom l’indique - une méthode d’extraction par pression. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce n’est pas le jus que l’on extrait ici, mais bel et bien l’essence contenue dans l’écorce des agrumes ! D'abord introduits dans une machine appelée "pélatrice", les agrumes sont pressés et leur écorce percée de petits trous afin de libérer leur essence - un peu comme quand vous pressez la peau de votre mandarine et qu’elle dégage un petit pschitt de parfum. Le mélange obtenu passe ensuite dans une “centrifugeuse” afin de séparer le jus de fruit (la partie aqueuse) de l’essence du zeste (a partie huileuse). L’avantage de cette méthode est qu’elle n’implique pas de chauffer l'agrume, ce qui garantit une odeur ultra-réaliste.

    l'expression en parfumerie
    • La distillation : le principe de cette méthode est d’extraire le parfum à l’aide de la vapeur d’eau. Placées dans un alambic rempli d’eau, les plantes sont chauffées à haute température. La vapeur d'eau ainsi produite s’élève, et entraine avec elle les molécules odorantes dans le tuyau de distillation. Au contact de la paroi de ce tuyau, la vapeur chargée de molécules odorantes se refroidit et se condense - elle redevient liquide, si vous préférez. L’eau va alors naturellement se séparer des molécules odorantes dont la densité est plus importante, permettant ainsi d’isoler l’huile essentielle. La distillation convient bien à des ingrédients comme la rose, l’ylang-ylang et la fleur d’oranger par exemple. Et oui, ça convient très bien aussi à votre gin tonic...

    schéma de la distillation en parfumerie
    • L’extraction au solvant volatil : cette méthode suit la même principe que la distillation, à la différence que les végétaux sont ici mélangés avec un solvant (par exemple l’hexane), plusieurs fois de suite. Le solvant capte ainsi un maximum de molécules odorantes. Il est ensuite chauffé : après évaporation, on obtient ce que l’on appelle la concrète, une matière cireuse très odorante. Cette concrète est ensuite mélangée à de l’alcool, filtrée et purifiée pour obtenir l’absolue. Aujourd’hui, on l’utilise principalement pour des fleurs fragiles qui ne supportent pas les hautes températures de la distillation : par exemple, le jasmin ou la tubéreuse.

    • L’extraction au CO2 supercritique : à la différence de l’extraction au solvant volatil, les matières premières sont ici traitées au gaz carbonique (CO2) et à de moins hautes températures. Contrairement à ce que son petit nom peut laisser penser, cette technique d’extraction se veut donc moins polluante et plus douce pour le végétal ! Employée surtout pour les matières premières qui ne peuvent pas être traitées avec les techniques traditionnelles - comme les épices ou le gingembre par exemple - l’extraction au CO2 permet d’obtenir des extraits de parfums d’une qualité supérieure, très proches de l’odeur naturelle de la matière première tout en étant éco-responsable. Bref, on lui tire notre chapeau.

    Techniques d’obtention des matières premières de synthèse

    C’est là que ça se complique. S’il est plutôt simple de parler de méthodes d’extraction naturelles, pour ce qui est des techniques d’obtention des molécules de synthèse c’est une toute autre affaire - qui risque de vous rappeler vos cours de chimie du lycée. Chez Bastille, même pas peur du jargon scientifique : enfilez votre blouse de chimiste, on vous explique tout ça !

    1. La sélection des odeurs à reproduire

    fleurs dans des éprouvettes

    L’arrivée de la synthèse au XIXe marque un grand tournant dans le monde de la parfumerie. Elle permet de reproduire des odeurs de la nature à moindre coût et plus rapidement, d’élargir le champ des possibles, d’offrir plus de créativité aux parfumeurs, de protéger les animaux... Bref, disons-le : la synthèse a bousculé l’industrie de la parfumerie - et peut aussi en effrayer certains. Alors, comment obtient-ont ces ingrédients synthétiques ?

    La première étape est de sélectionner les molécules odorantes que l’on souhaite recréer pour composer un parfum. Pour ce faire, plusieurs méthodes s’offrent aux chimistes :

    • Le fractionnement : imaginez une odeur naturelle dont vous n’appréciez qu’une partie. Par exemple, un magnifique patchouli qui traîne un petit côté terreux pas toujours agréable... Le fractionnement est la solution : il permet de séparer les différents constituants d’une essence, en isolant les corps chimiques intéressants et en retirant ceux considérés comme inutiles. Ici, on ne parle pas encore vraiment de molécules de synthèse mais d’isolat : il s’agit toujours d’une matière première naturelle, elle a simplement été re-façonnée pour ne conserver que les facettes utiles.

    • La technique du head space : développée dans les années 1970, cette technique vise à reconstituer “in vivo” (au sein du vivant) toutes les molécules odorantes d’une matière première - elle nous permet d’obtenir en quelque sorte, sa carte d’identité olfactive. Ce procédé donne la possibilité de reconstituer les odeurs des matières premières difficiles à extraire comme les fruits par exemple, ou de faire parler les fleurs dites “muettes” (telles le muguet ou le chèvrefeuille) dont le rendement est trop faible ou le rendu olfactif après extraction naturelle est décevant. Plus incroyable encore, cette méthode permet aussi d’analyser et de capturer n’importe quelles odeurs - comme celle de la plage, de la montagne ou du billet de 10€ qui traîne dans votre poche... On vous laisse imaginer quelle odeur vous aimeriez capturer !

      Comment fait-on pour réaliser un “head space” ? La matière première est placée sous une cloche en verre remplie d’un gaz neutre qui se charge en molécules odorantes. Le gaz recueilli est ensuite analysé à l’aide de techniques. Soit grâce à la chromatographie, qui permet d’identifier précisément les molécules odorantes qui composent l’odeur en question - technologie qui par ailleurs, est couramment utilisée pour identifier et copier la composition des parfums présents sur le marché. Ou bien grâce la spectrométrie de masse ou la RMN du carbone 13. On vous épargne les détails techniques, mais quoi qu’il en soit : ces techniques permettent d’établir l’identité olfactive des matières premières traitées.

    Technique du headspaceAujourd’hui, plusieurs sociétés de parfumerie ont breveté des technologies de head spaces, avec chacune leurs petits secrets. Parmi elles, on trouve IFF avec le Living Flower. Inventé en 1985, ce procédé a permis de capturer l'odeur émise par une rose envoyée dans l'espace... Original, non ? Embarquée en octobre 1998 à bord de la mission spatiale Discovery, la rose appelée “Overnight Scentsation” a développé des notes plus florales, bien différentes de celles qu’elle avait sur terre.

    2. La reproduction des molécules

    Une fois les molécules identifiées ou isolées, les chimistes peuvent alors les reproduire en laboratoire. Pour cela, trois méthodes :

    • Soit on recrée entièrement les odeurs à partir d’une ou plusieurs réactions chimiques : c’est ce qu’on appelle la synthèse totale. Les produits qui en résultent sont dits “identique nature”. Autrement dit, ce sont des copies conformes de ce que l’on peut sentir dans la nature... mais reconstituées en laboratoire. Dans quel but ? Si vous avez tout suivi, les molécules de synthèse sont généralement créées pour reproduire des odeurs difficiles à extraire de manière naturelle ou parce qu’elles sont aussi, pour beaucoup d’entre elles, moins chères à produire de façon synthétique.
    • Soit en synthétisant des molécules odorantes isolées de leur structure naturelle, pour modifier leur odeur. On parle dans ce cas, d’hémi-synthèse. L’enjeu de ce produit est de donner à la molécule visée des propriétés odorantes qu’elle n’avait pas grâce à de légères modifications synthétiques.
    • Troisième possibilité - et promis on s’arrête là : en créant des odeurs qui n'existent pas dans la nature et que l'on imagine totalement. On pense notamment à la calone, une molécule née dans les années 90 qui évoque des senteurs marines et iodées, ou encore à l’éthyl-maltol qui donne aux parfums cette odeur régressive et gourmande de fruits cuits ou de caramel. Fun fact, cette molécule a d’ailleurs été inventée à l’origine pour l’industrie alimentaire. C’est Mugler avec son parfum Angel qui a, le premier, osé l’utiliser en parfumerie ! Ces odeurs “inventées” ne sont donc pas extraites d’une plante ni d’un fruit, mais sortent tout droit d’un laboratoire. En général, elles sont issues de la pétrochimie - on vous l’accorde, c’est un peu moins glamour que ce que les publicités des parfums veulent bien vous montrer.

    Les mystères de la composition du parfum

    Après extraction des ingrédients naturels et création des molécules de synthèse, place à la magie... c’est-à-dire à la composition du parfum !

    La personne qui se cache derrière la création de vos fragrances est un parfumeur, que l’on appelle aussi “nez”. Pour composer, le parfumeur dispose d’environ plus de 4000 matières premières - dont 90% sont issues de la synthèse. Pour ce faire, il assemble en général une centaine d’ingrédients, voire plus pour créer les parfums qui se trouvent sur vos étagères.

    Dotés d'un odorat hors du commun grâce à un entraînement quotidien sur plusieurs années - vous seriez surpris de leur mémoire olfactive ! -, les parfumeurs associent les différentes matières premières à la manière d'un chef d'orchestre. Cette étape longue et complexe nécessite une grande minutie. Ils élaborent, testent et créent un parfum autour d’un brief donné par la marque et de leur vision de la pyramide olfactive qu’ils cherchent à atteindre : les fameuses notes de tête, de coeur et de fond.

    Créativité, curiosité, mémoire, précision et patience sont les maîtres-mots de ce métier !

    Chez Bastille, nos parfumeurs ont une grande liberté dans la création de nos parfums. Nous leur transmettons bien sûr des briefs, mais ces derniers restent essentiellement de l’inspiration - un moodboard, des sensations et quelques premières pistes de matières, plutôt que des consignes toutes faites. Cela garantit des parfums créatifs, que vous ne sentirez pas sur tout le monde ! Découvrez-les par ici :

    Du concentré au flacon : la face cachée de votre parfum

    La mise en alcool

    Après la création du concentré, qui n’est autre que le mélange de matières premières odorantes créé par le parfumeur, place à la mise en alcool. Cette étape est importante car l’alcool permet plusieurs choses :

    • L’alcool distille le concentré : il permet d’obtenir ce qu’on appelle le “jus”, ou plus simplement, ce que vous appelez “mon parfum”. Cette étape sert à déterminer la nature de la création : une eau de Cologne, une eau de toilette, une eau de parfum ou encore un extrait de parfum. En fonction de la part du concentré dans le jus final, on ne crée donc pas le même produit !

    • L’alcool est indispensable pour fixer le concentré et sublimer les odeurs travaillées au préalable par le parfumeur : particulièrement adapté pour la parfumerie car très volatil, il s’évapore assez rapidement pour laisser les molécules odorantes se développer tranquillement sur votre peau.

    • Enfin, l'alcool est un excellent conservateur : c’est en effet grâce à lui que votre parfum dure après ouverture !

      NB : certes, l’alcool permet de conserver votre parfum préféré mais ce n’est pas une raison pour le laisser traîner au bord d’une fenêtre en été. Votre parfum est vivant, et si vous voulez en profiter le plus longtemps possible : lisez cet article qui explique comment le conserver !

    flaconsC’est du gin que vous mettez à l’intérieur ?” On exagère mais cette question est intéressante. Bon, vous vous doutez bien que l’alcool présent dans votre fragrance n’est pas celui que vous trouvez à la supérette du coin... En fait, l’alcool utilisé dans la création de vos fragrances est inodore et surtout dénaturé - autrement dit, imbuvable.

    Dans la parfumerie conventionnelle, les marques utilisent souvent l’éthanol synthétique pour diluer les concentrés. Chez Bastille, nous avons fait le choix d’éviter l’éthanol crée en laboratoire pour privilégier un alcool d’origine végétale : l’alcool de blé bio, doux pour la planète et pour votre peau.

    La macération et le glaçage du jus

    Une fois le concentré dilué, le mélange obtenu doit macérer plusieurs semaines - généralement entre 2 et 4 semaines - afin que le mélange se stabilise et que l’alcool s’imprègne de toutes les odeurs. Lorsque ce résultat est atteint, on passe à l’étape suivante : le glaçage.

    Cette étape consiste à refroidir le jus aux alentours de 0°C pour que les substances les moins solubles (par exemple, les ingrédients naturels comme les résines et les baumes) qui seraient susceptibles de troubler le parfum se solidifient. Ces éléments solides sont par la suite éliminés par filtration, pour obtenir un jus totalement limpide et pur.

    Il reste une étape - optionnelle - avant la mise en flacon : celle de la coloration. Certaines maisons font le choix d’utiliser des colorants pour teinter leur jus. Si c’est le cas, cette étape implique très souvent l’utilisation de stabilisateurs UV pour éviter que la couleur du jus ne change à cause de la chaleur ou de la lumière.

    Chez Bastille, exit les stabilisants ou tout autres filtres anti-UV. Nos jus ne sont jamais colorés, leur teinte est due aux nuances des ingrédients naturels qui les composent - comme Un Deux Trois Soleil, notre parfum oriental, qui se pare d’un beau jaune doré grâce à sa vanille naturelle.

    La mise en flacon

    flacons de parfumsDernière ligne droite : le remplissage des flacons. Après avoir passé haut la main toutes ces étapes, le parfum peut enfin être mis en flacon et conditionné avant de pouvoir être commercialisé - et atterrir sur vos étagères !

    Chez Bastille, nos parfums sont mis en flacon à Chartres, et nos flacons sont décorés dans le Val-de-Marne. Privilégier le made in France, c’est notre façon de soutenir l’économie locale et le savoir-faire français, tout en réduisant notre impact environnemental ! C’est un peu ça, l’esprit frondeur de la maison.

    Vous l’aurez compris, créer un parfum n’est pas une mince affaire : cela demande beaucoup de savoir-faire, et un certain nombre de ressources. Toutes ces étapes sont d’ailleurs une partie de la réponse à la question que beaucoup d’entre vous se posent : “Pourquoi le parfum coûte-t'il si cher ?” Si vous voulez découvrir tout ce qui se cache derrière le coût d’un parfum - et d’un parfum Bastille plus précisément -, faites un tour sur notre article dédié !

    Bravo ! Vous êtes désormais incollable sur le processus de fabrication d’un parfum et avez de quoi briller à votre prochain dîner. On vous laisse nous dire en commentaire s’il vous reste des questions : à vos nez, prêts, partez !

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    Sources : NezLes Échos, Grazia, WikipediaUne nuit nomadesylvaine-delacourte.comincibeauty.com, Le grand livre du parfum - Nez éditions

    Photos : Inconnus


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